II
Comme Nofret traversait la cour, une des filles de Kait, courant après sa balle, vint se jeter dans ses jambes. Nofret l’écarta d’un geste brutal et l’enfant, tombant par terre, éclata en sanglots. Renisenb, accourue, la releva et s’écria, d’une voix indignée :
Tu n’aurais pas dû faire ça, Nofret ! Elle s’est fait mal. Elle a une coupure au menton !
Nofret partit d’un rire aigu.
— Et pourquoi traiterais-je avec égard tous ces gosses trop gâtés ? Est-ce que leurs mères me ménagent, elles ?
Kait, alertée par les hurlements de sa fille, sortait de la maison. Elle examina la blessure et, furieuse, se tourna vers Nofret.
— Démon ! Serpent ! Tu verras ce que nous te ferons !
Sans plus attendre, elle frappa Nofret au visage. Renisenb poussa un cri et retint son bras avant qu’elle n’eût eu le temps d’ajouter un second coup de poing.
— Kait ! Kait ! Il ne faut pas faire ça !
— Et pourquoi ? Laisse donc Nofret s’occuper de ses affaires ! Elle n’est jamais qu’une fille comme il y en a trop !
Nofret n’avait pas bougé. Le poing de Kait avait laissé une marque rouge sur sa joue et, au coin de l’œil, une petite coupure, provoquée par le bracelet de Kait, commençait à saigner.
Elle se tenait très droite, immobile, avec, dans le regard, une expression non de haine, mais de triomphe. Un sourire flottait sur ses lèvres, un sourire cruel que Renisenb ne voyait pas sans inquiétude.
D’une voix calme, Nofret dit :
— Je te remercie, Kait !
Puis, elle rentra dans la maison.